Michel Mède nous parle aujourd’hui de ce projet municipal dénommé « le Pôle Enfance ».
Le Miroir : On parle beaucoup de ce pôle enfance au sujet duquel vous avez été le seul conseiller municipal a voter contre. Pourquoi donc ?
Michel Mède : Plusieurs raisons m’ont motivé, mais je m’en tiendrais pour le moment aux plus importantes. D’abord il y a l’emplacement choisi pour construire un bâtiment de 3000m2 et d’une hauteur de 10m. Cela va considérablement défigurer le site naturel d’implantation, en plein centre ville. Ensuite, il y a les voies d’accès qui sont déjà régulièrement saturées. Je pense notamment à l’avenue Pelletier où les véhicules ont le plus grand mal à se croiser, au chemin de la Belle Isnarde et au chemin des Vendanges, avec leurs carrefours dangereux et leurs chaussées étroites.
LM : La majorité municipale a bien dû réfléchir à un plan de circulation ?
MM : Je l’espère…Mais on nous dit que le Pôle Enfance peut accueillir plus de 200 enfants, ce qui représente 100 à 150 mamans avec, disons, une centaine de voitures et seulement 8 places de parking en dépose rapide (NDLR : Un calcul rapide permet de voir que si 8 est contenu une douzaine de fois dans 100, il faut compter, à raison de deux minutes pour 8 déposes, près d’une demi-heure chaque matin à 8h pour que tout le monde soit là). Rajoutons quelques autobus et nous pouvons imaginer l’encombrement qui va se créer dans ce minuscule espace. Il y aura, en plus, la rotation des camions frigorifiques livrant les denrées alimentaires pour la cantine (600 repas prévus dont ceux qui seront livrés aux écoles voisines). On voit donc bien à quel point cet emplacement est mal choisi. Il y aura donc une augmentation significative de la circulation automobile, de la pollution, et des risques d’accidents. A moins d’élargir les voies, notamment l’avenue Pelletier, il faudrait alors détruire des maisons individuelles. Cela aurait pour effet d’augmenter le coût des travaux. Il vaudrait mieux mettre l’avenue en sens unique avec, bien sûr, l’accord des riverains…
Je reproche également à ce projet l’esthétique que je juge inadaptée à Saint-Tropez. C’est un copier-coller d’un bâtiment de banlieue d’une grande ville. Un véritable bétonnage placé dans un quartier résidentiel.
LM : Et à propos du financement ?
MM : Cela mérite également qu’on s’y penche. On nous a annoncé une enveloppe pour les travaux de 4,64 Millions d’euros, hors taxes, le 1er septembre 2010 et aujourd’hui, (conseil municipal du 6 juin 2011), le maire nous annonce 6,4 M€, toujours HT et 700 000€ d’équipement…rien que ça ! Il nous faudra donc recourir à l’emprunt car la vente du « jardin d’enfant » a disparu de la section de fonctionnement au compte administratif. Comme cette vente du patrimoine ne servira même pas au financement, comme le maire l’avait pourtant promis dans son bulletin municipal d’octobre 2009. Et ce ne sont pas les subventions attendues qui vont sauver ce financement (exemple : 150 000€ à récupérer du Conseil Général pour la construction de la station d’épuration et toujours pas versée à la Commune). Nos finances sont déjà à l’agonie avec un autofinancement rachitique, ce n’est pas ce nouvel investissement qui va nous redresser, d’autant qu’il faudra prévoir 3 M€ supplémentaires pour la construction du nouveau bâtiment des services techniques. Ne parlons même pas du coût de fonctionnement et du coût d’entretien de cette énorme « usine à gaz » que sera le Pôle Enfance. Une somme colossale pour un village de 5463 habitants. Qui va payer ?
LM : D’autant que ce ne sont pas les seuls travaux prévus ou en cours ?
MM : Ce Pôle doit commencer en septembre prochain, et, c’est vrai, il s’inscrit au milieu d’autres travaux encore plus énormes. Je veux parler des fameux 250 logements et des 2 parkings souterrains. L’ensemble doit être terminé pour la fin 2013, comme l’annonce joyeusement le bulletin municipal de janvier 2011. On réalise ainsi à quel point la majorité municipale actuelle part complètement dans la démesure et ne contrôle plus le calendrier de ses projets.
LM : Petite parenthèse : qu’est ce qu’on va faire sur la dalle des Lices entièrement démolie ?
MM : Le maire nous a demandé de voter pour la construction de 54 logements locatifs. Le projet montré paraissant comme une horreur architecturale, je n’ai évidemment pas soutenu ce dossier. On verra ce qui sortira de terre, ou plutôt, devrais-je dire, ce qui sortira du béton.
Propos recueillis par
Pierre Nembrini