L’affaire des nouveaux logements fait beaucoup parler au café du commerce. Le leader de l’opposition au sein du Conseil Municipal, Michel Mède, suit le dossier de très près et avec beaucoup de perspicacité. Il nous fait part de ses dernières réflexions.
Au moment de la présentation de ses vœux à la population, le Maire a mis en avant ses projets de constructions des nouveaux logements, notamment en ce qui concerne ceux de la dalle des Lices. Que pensez-vous aujourd’hui de leur évolution ?
Michel Mède : Souvenez-vous, il y a un an, en Janvier 2011, Mr le Maire annonçait dans le Saint-Tropez Info n°11, la livraison de « 55 logements en Décembre 2012 sur la dalle des Lices et les 195 autres logements sur le secteur de l’hôpital et sur la zone du Couvent ….fin 2013 » !
On voit bien que les délais ne pourront pas être tenus et qu’il s’agit uniquement d’un effet d’annonce.
Comment pouvez-vous en être si sûr ?
Très simple, nous sommes début 2012, le parking souterrain prévu au Couvent doit descendre à moins 6 étages et les bâtiments de surface sont à R+3, voir R+4. Il reste donc 22 mois pour tout terminer. C’est donc irréalisable. D’autant plus que doit débuter en 2012 la construction du Pôle Enfance et la construction du nouveau CCAS. Ces 5 chantiers simultanés sont tous en centre-ville. Nous allons avoir une grosse dégradation de l’activité économique et touristique puisque certains travaux ne s’arrêteront pas pendant l’été.
Vous êtes donc contre la construction des logements ?
Pas du tout ! Je suis contre un calendrier complètement farfelu et surtout contre le montage financier de ces nouveaux logements
Pouvez-vous être plus précis ?
Nous étions propriétaire du foncier, nous n’aurions jamais dû vendre nos terrains à un promoteur privé. Nous aurions dû construire nous- mêmes et garder ainsi tout le contrôle de l’opération.
La Municipalité récupère tout de même des logements et une partie du foncier dans 60 ans.
MM : Dans 60 ans, c’est beaucoup trop long pour ce genre de promotion. La Mairie ne touchera que 772 300€ en un seul loyer capitalisé sur cette énorme durée, c’est un désastre financier qui va engager dix municipalités. Mr le Maire aurait dû organiser une réunion publique pour informer les Tropéziens sur le montage complexe de l’opération, leur faire découvrir l’esthétique de ces bâtiments et, pourquoi pas, les consulter par un référendum local pour qu’ils valident ou non ce projet.
Qu’auriez-vous fait?
J’aurais, tout simplement, passé une convention avec un établissement public d’aménagement, comme le permet l’article L321-1 du code de l’urbanisme. Cette solution m’aurait permis d’effectuer une conduite directe du projet immobilier dans son ensemble, puisque l’EPA est compétent pour réaliser les travaux pour le compte de la Commune. A nous, après les travaux, de gérer les ventes et les locations des nouveaux appartements, bureaux et parkings. Ainsi nous ne perdions aucun patrimoine, au contraire nous en aurions créé rapidement, fini l’attente de 60 ans. Le financement récupéré des ventes et des locations nous aurait permis de solder rapidement les emprunts nécessaires et même dans un deuxième temps de solder définitivement notre dette communale. Il me parait évident que nous sommes passé à côté d’une excellente affaire financière pour la Commune.
D’autres remarques sur le projet ?
Oui ! Hélas, je regrette l’esthétique globale, notamment sur la zone du Couvent- Dalle des Lices. Si vous avez lu le dernier bulletin municipal n°15 de février 2012, on y voit une photo des immeubles, page 7. On dirait une véritable prison avec ses murs d’enceinte entourant les bâtiments centraux. Les immeubles d’angles ressemblent à des miradors avec au rez-de-chaussée des passages coupe-gorges. Les ruelles sont très étroites, très sombres. Certains habitants ne verront pas beaucoup le soleil. Nous aurions mérité un ensemble beaucoup plus lumineux, plus humain car de nos jours, un éco quartier doit s’appuyer sur étude sociologique, l’avenir et la qualité de vie de nos familles en dépendent.
La construction des nouveaux logements semble au point mort. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?
C’est très simple. La SAGEM, une Société d’économie mixte de la Garde a formé plusieurs recours devant le Tribunal Administratif de Toulon. La signature des actes certifiant le transfert du foncier, au promoteur, est repoussé sine die. La Mairie essaie de se dégager de cette difficulté mais, à mon avis, elle s’enfonce de plus en plus et de nouveaux recours sont à craindre. Ce qui rendrait le début des travaux peu probable, dans l’immédiat.
Pourquoi plusieurs recours?
- Le premier recours introduit par la SAGEM porte directement sur l’appel d’offre lui-même.
- Le deuxième recours porte sur le report du versement de 6 millions d’€ que devait faire Kaufman et Broad le 31 Décembre 2011 et renvoyé au 31 Mars 2012.
- Un troisième recours a été formé contre les délibérations relatives aux garanties d’emprunt accordées par la Commune au bailleur social HLM- Arcade. Délibérations que j’avais essayé, en vain, de sortir de l’ordre du jour au Conseil Municipal, le 13 décembre 2011. Mr le Maire avait fait la sourde oreille, dommage, cela nous aurait évité une difficulté supplémentaire.
La Mairie a telle commis une erreur lors de l’appel d’offre ?
Ce sera bien sûr au Tribunal de le dire. Mais j’espère sincèrement que non. Car dans le cas contraire la Commune se retrouverait en difficulté, avec des dommages et intérêts à verser au promoteur et des indemnités à la Sagem. Ce serait le pire des scénarios, car évidemment, nous ne pourrions pas payer. Dans ce cas-là, le promoteur demanderait certainement à renégocier le contrat initial et augmenter ainsi le nombre de logements à la vente, en sa faveur, bien sûr (article 4 du traité initial).
Qu’est-ce qui vous fait penser à ces scénarii catastrophes ?
D’abord cet empilement de recours. Cette situation devrait rendre la Mairie très prudente en demandant au promoteur de tout arrêter. Au lieu de cela, la Mairie continue à modifier ses délibérations initiales. Nous en sommes déjà au troisième avenant dans lequel le versement des 6 millions d’€ n’est plus soumis à une date limite. On donne ainsi au promoteur une condition suspensive qui lui est très favorable et qui n’existait pas dans le contrat initial. Le constructeur devient donc le maître de la manœuvre et la Mairie se fait marcher dessus.
D’autres remarques sur ce dossier ?
Oui, bien sûr ! Hormis le fait que la Mairie a bradé le foncier, notre Patrimoine, au promoteur, c’est le contribuable Tropézien qui a payé la démolition des vieux bâtiments sur les 3 sites. Nous avons déboursé 650 000€ hors taxe, et il faudra certainement remettre la main à la poche pour démolir le bâtiment principal, puisqu’ il ne figure pas sur le projet présenté par la Municipalité actuelle. Dans ce dossier nous ne faisons que payer et nous n’avons toujours pas fait rentrer le moindre sou. On ne peut pas dire que Mr le Maire soit un très bon négociateur. Il est évident que les intérêts de la Ville ne sont pas assez bien protégés !






